Haïti : 2008, l’année de l’insécurité
Haïti : 2008, l’année de l’insécurité 
Cyclones, effondrements d’écoles, tragiques accidents routiers et maritimes, long vide gouvernemental, 2008 a été l’année insécurité. Celle-ci s’est présentée sous toutes ses formes : politique, écologique et bien d’autres.
2008 ne nous a pas particulièrement gâtés, les quelques points positifs de cette année sont si rares qu’on doit les chercher avec une loupe. S’il faut mentionner quelque chose, on retiendra peut-être l’organisation du carnaval en février dernier. Pas de mort et très peu de blessés, selon le bilan officiel. Ce qui serait une grande première dans l’histoire du carnaval haïtien.
Que peut-on retenir d’autre ? Peut-être l’accession au pouvoir de Barack Obama aux Etats-Unis, mais l’on nous dira bien vite que ce dernier n’est pas haïtien et qu’il faut plutôt exalter Dessalines et Toussaint Louverture comme des nationalistes (exaltés justement) l’on fait comprendre à une certaine Carole Demesmin. Mais que dire des Pères fondateurs sinon qu’ils sont morts pour la énième fois ?
Exit donc le Barack, mais reconnaissons que l’élection du métis d’Honolulu a ravivé l’espoir dans le cœur de plus d’un tant en Haïti qu’à l’étranger.
Quoi d’autre ? La liste est bien courte et nous aimions bien que nos lecteurs nous aident un peu en nous envoyant quelques faits positifs de 2008 pour compléter, un exercice difficile tant cette année est marquée par des scandales et des maux de toutes sortes.
2008 s’est révélée une vraie catastrophe pour le pays et a mis à nu notre vulnérabilité sur bien des points. Surtout de la sécurité. Elle nous porte à remettre en question tout le système de protection des vies et des biens du pays.
Tout a commencé avec le phénomène du Chlorox, une métaphore peu poétique mais assez imagée qui était utilisée par plus d’un pour qualifier en début d’année la cherté de la vie occasionnée par la hausse du prix du pétrole sur le marché international entraînant dans son sillage l’augmentation du prix de produits des produits de premières nécessités.Ce qui allait déboucher en avril sur les troubles qualifiés d’émeutes de la faim par la presse internationale. Des manifestants furieux ont failli franchir les barrières du palais présidentiel malgré la sécurité assurée par l’Unité de sécurité du Palais national (USGPN). Le président a du faire appel aux forces onusiennes pour repousser les assaillants.
Ce sombre chapitre de notre histoire (les émeutes de la faim) ont ouvert les yeux sur une forme d’insécurité plus terrible que le banditisme : l’insécurité alimentaire.
Tout aussi terrible, l’insécurité routière. La preuve par les 4 musiciens et leur chauffeurs qui ont péri le 15 juin sur la route de l’aéroport dans ce qui est considéré comme l’un des accidents de la route les plus retentissants de notre histoire. Qui a quand même fait oublier que sur nos routes de province il arrive que des dizaines de personnes meurent dans des conditions similaires et dans l’indifférence des autorités. Idem pour les accidents maritimes dont le dernier a terminé l’année du côté de la Gonâve.
Sur les étroits sentiers de la capitale il y a aussi lieu de parler d’insécurité. Automobile et piétonne. Les usagers des routes ne peuvent s’enorgueillir de rouler en toute quiétude. D’un coté, les piétons qui sont obligés de circuler sur la chaussée pour éviter les marchandes sur les trottoirs et de l’autre, les automobilistes qui roulent en S pour esquiver un trou, un mendiant ou une autre voiture mal garée. On n’oubliera pas les nombreux cas d’accidents enregistrés à cause des dos d’âne déposés ça et là sans peinture phosphorescente. Les clubs de football Victory et Tempête sont là pour en témoigner.
L’insécurité en Haïti, c’est aussi et surtout l’environnement. Car après les quelques trois mille morts en 2004 aux Gonaïves, il n’est tombé de pluie sur le pays qui ne soulève d’inquiétude. Quatre ans après Jeanne, Hanna engloutit la cité de l’indépendance, comme pour dire que l’Histoire (celle d’Haïti en particulier) est un perpétuel recommencement. Hanna n’était que l’un parmi les quatre cyclones (Fay, Gustav, Hanna, Ike) qui ont frappé le pays en septembre et ont causé des centaines de morts, des milliers de blessés et des dégâts matériels incalculables.
La communauté internationale s’est empressée de venir au chevet d’Haïti apportant sa précieuse aide et des stars d’Hollywood nous ont visité en ces circonstances pénibles. Peut-être faudrait-il casser cette dernière partie parmi les points positifs.
Hélas ! Car ce n’était pas tout. Surcroît de malheur, le 7 novembre, le pays a eu à déplorer la mort de quelques 90 enfants sur lesquels se sont effondrés de toits devant pourtant les protéger. Ils étaient malheureusement les seules vraies victimes de l’effondrement du collège La Promesse évangélique de Nérette, bidonville de Pétion-Ville.
S’ensuivit une vague de panique dans la capitale haïtienne, causant des blessés dans plusieurs autres établissements scolaires avec à la clé des traumatismes, des troubles psychologiques pour parents et élèves. Encore et toujours l’insécurité.
L’insécurité en Haïti consiste également au laxisme des autorités qui veulent battre le fer tant qu’il est chaud en annonçant un train de mesure après chaque événement sans trop se soucier des suites. De la prévention ! N’en parlons pas.
A-t-on déterminé d’autres zones vulnérables aux inondations, étant donné que la saison cyclonique revient dans moins de cinq mois ? Y a-t-il un rapport sur le nombre d’écoles en état de délabrement qui sont fermées pour réparation ? Avons-nous pensé à équiper nos sapeurs pompiers ? Attend-on de nouvelles catastrophes ?
Puisse cette année 2008 s’en aller avec son lot de malheurs, de cynisme, de pessimisme, de sinistrose, d’irresponsabilités des uns et des autres. Et vivement 2009 !